Ils marchaient côte à côte dans la forêt, main dans la main, lui rêvassant, comme toujours, et elle d’un pas décidé.
C’était une femme dynamique, surnommée « Camille » comme sa mère, dont elle avait hérité du caractère bien trempé et de la sévérité. Elle
n’avait peur de rien, souriait peu, toujours active, alors que lui, plutôt bonasse (ses amis l’appelaient Nounours, c’est tout dire !) craignait la violence sous toutes ses formes et
accrochait un léger sourire à ses lèvres en permanence.
Il était un peu fatigué de cette marche, aurait bien voulu marquer une pause, s’asseoir dans son fauteuil préféré pour boire une bonne bière. Il
avait un peu chaud et il n’aimait pas ça.
Elle, au contraire, semblait en pleine forme, et dégustait lentement, comme à son habitude, une tranche de pain d’épice.
Ils allaient souvent se balader ainsi, ils n’avaient pas de voisins et aimaient se retrouver en pleine nature voir les animaux sauvages.
Lui rêvait de choses folles, comme voir un dragon, un cyclope ou tout autre être fabuleux, et il aimait à croire qu’elle ne rêvait que de lui, si
amoureux d’elle qui avait bouleversé sa vie, guérit ses cicatrices…
-« Fais gaffe à la racine ! » la prévint-il soudain. Il aimait bien parler argot, qu’il appelait « langage débraillé », sa
mère le lui avait souvent reproché, elle si douce et si bien élevée.
Sa compagne s’arrêta enfin, voyant qu’il avait envie de s’asseoir un peu, et de sortir, comme il faisait souvent, un petit crayon et un morceau de
papier pour écrire une pensée ou un bout de poème. Elle n’écrivait jamais, n’avait rien dans les poches, surtout pas les clefs qu’elle avait déjà perdues à plusieurs reprises !
Elle but un peu d’eau, s’allongea à ses côtés sur la mousse ; il la prit dans ses bras, ce n’est pas d’écrire qu’il avait envie...
Quand ils étaient amoureux, ils oubliaient le monde autour d’eux, et là, seuls dans la forêt, ils rêvèrent ensemble qu’ils tombaient, qu’ils
tombaient, qu’ils tombaient…